Le Fourmigue - Le phare de la discorde

Depuis plusieurs années, je voyage beaucoup. Quel que soit le pays où je vais, quand il s’agit d’environnement, nous réagissons de façon binaire. Nous avons chacun notre opinion sur le sujet, et elle est, en général, dictée par notre individualisme et notre confort personnel.

 

La pêche sous-marine est un sport  qui peut paraître brutal pour certaines personnes. Autrefois dénommée, « chasse sous-marine », l’activité a ces dernières années été rebaptisée afin d’éliminer cette notion de chasse. Il est nettement préférable de voir un pécheur passionné partir en mer qu’un chalutier, vu les dégâts que ces bateaux provoquent sur les fonds sous marins. Force est de constater qu’en apparence la pêche sous-marine est une activité bien moins nocive pour notre littoral surtout quand elle est pratiquée dans les règles de l’art.

Dernièrement, alertée par certains de ses adhérents, sur les résultats inquiétants (en terme d’environnement) d’une compétition de chasse sous marine, Longitude 181 a réagi en lançant une pétition contre ce genre de « manifestations sportives ».
Francois Sarano, son fondateur, réagit vivement à cet événement survenu à Fourmigues, près d’Antibes, par le biais d’un entretien sur “Fréquences Terres”. Une interview réalisée par Daniel Krupka :

Ecoutez l’inteview de Francois Sarano sur radio Longitude 181

 

C’est la FNPSA (Fédération Nautique de Pêche Sportive en Apnée) une des associations française  de pêche sous-marine qui a organisé cet évènement. Nous avons donc contacté le Président de la région PACA de la FNPSA, Mr Patrick Bonnet. Il nous indique que le nombre de participants étaient de 82, répartis en 41 équipes. Cette compétition étant réglementée, on notera donc que sur une équipe, les participants sont tenus de plonger en alternance. Mr Bonnet explique aussi que les règles fixées imposent des quotas et des mailles, ces maillages requis par le protocole, sont en effet supérieurs au minimum requis par la loi et plusieurs espèces  protégées sont ainsi interdites durant la compétition. Seules les espèces définies par le règlement sont autorisées à êtres pêchées.

 

Au sujet de la pêche des murènes Mr Bonnet précise :
“En ce qui concerne plus particulièrement les murènes et les congres un quota total de 3 par équipe était fixé. Il est vrai que le nombre de murènes pêchées en 2 jours peut paraître important, mais ce n’est pas notre avis vu la population de cette espèce sur ces deux zones. Les statistiques que nous vous joignons également montrent qu’il a été pêché 102 murènes aux Basses de la Fourmigue et 53 à la Vaquette, ce qui fait une moyenne de 4 murènes par équipe, pour 10 heures passées dans l’eau sur 2 jours. Donc est loin du massacre clamé haut et fort par Longitude 181 dans sa pétition”

Nous l’avons aussi questionné sur le maillage des poissons et comment les pêcheurs vérifient ce maillage puisque les murènes sont dans des trous. Il ne nous a pas répondu sur ce point, mais en revanche nous informe sur le maillage :
” Vérification du maillage : les pêcheurs sous-marins ne tirent pas à l’aveuglette. Ils savent apprécier la taille d’un poisson, même si des erreurs sont possibles. Ils veillent aussi à ne pas enraguer leur flèche dans un trou, tout particulièrement en pêchant des murènes, afin de ne pas perdre de temps.
Il faut savoir que si le poisson pesé n’est pas à la maille, il n’est pas pris en compte pour le calcul des points. Il ne faut donc pas gaspiller du temps avec des poisons qui ne se comptabiliseraient pas.”
De nombreuses personnes ont réagi avec un discours violent à l’événement. Certains pêcheurs, racontent que ces prises était données a des associations. Mr Bonnet, sur ce sujet, nous a dit que ces poissons étaient effectivement offerts en prud’homies professionnelles qui œuvrent pour des associations caritatives. Ainsi une partie est utilisée durant la fête pour la Saint-Pierre, le reste bénéficiant à des associations portugaises et cap-verdiennes.

Sur la question d’une récompense en rapport avec le nombre de prises, Mr Bonnet nous informe que ce n’est nullement le cas, car il existe des quotas à ne pas dépasser. Par contre, une personne qui pêche plus de poissons selon ce quota serait mieux placée. Toutefois le poids reste un facteur important dans le calcul de point.

Dans cette région, comme dans beaucoup d’endroits, il y a un passif avec les pêcheurs professionnels nous avons interrogé marie Jeanne Arguel chercheuse au CNRS elle nous raconte:
“ À une époque, les pêcheurs étant gênés par les dégâts occasionnés par les phoques moine des îles de Lérins sur leurs filets et les poissons qu’ils contenaient, ils ont décidé de tous les empailler jusqu’à ce qu’il n’en reste aucun. Puis est venu le tour des requins et de tout ce qui pouvait y ressembler, même ceux qui ne mangent pas de poissons, et ensuite le tour des mérous. Aujourd’hui, ils en sont toujours au même stade, vouloir exterminer le moindre “petit” prédateur qui pourrait rester et qui s’en prend à ce qu’ils ont attrapé. Ils sont rodés et ont toujours raison, car ils payent les politiques et leurs campagnes. Personne n’a suffisamment d’intérêt ni de pouvoir (politique ou financier) pour aller à leur encontre. Je parle de tous ceux qui prélèvent sans limite et en mode prédateur ce qui vit là dans nos écosystèmes côtiers. C’est là que se trouve 80 pourcent de la biodiversité de la Méditerranée et ils font autant de dégâts que les gros industriels qui agissent au large. Souvent, ils les citent pour se dédouaner et que leur méfait passe inaperçu ou moindre.”

Francoises Loquès, directrice du conseil scientifique des Îles de Lerins, nous informe que “Le Fourmigue comme tous les petits fonds, sert de nurserie. C’est dans les petits fonds que les poissons viennent frayer. Des espaces à protéger particulièrement.”

Que peut-on penser alors de l’impact que de telles compétitions peuvent avoir sur ces sites. Même si bien pensées et bien organisées, il est compréhensible que certain se soucie. Toutefois, aussi bien pêcheurs que plongeurs, tous préféreraient avoir un environnement riche de vie en Méditerranée. Pourtant, la biomasse baisse dès que l’on se trouve hors d’une réserve naturelle, alors que des lieux tel que Port-Cros sont très riches. N’y a t-il pas là un signe clair de la nature ?

Il semblerait qu’un partage de la mer pour tous ces usagers soit important. Mais il ne faut pas oublier que nous vivons dans une autre époque. Un temps, ou hélas, cette nature n’est plus ce qu’elle était. Nous devons nous adapter.

De nos jours, de telles compétitions doivent compter avec les réactions des réseaux sociaux et autres plateformes. Ces médias ne peuvent que renvoyer une mauvaise image de la pêche sous-marine, déformée, contradictoire avec ces propres convictions de pèche sélective et responsable. Cette activité ne peut s’inscrire telle qu’elle est dans le temps sans se reformer.

À leurs grands regrets, de nombreux pêcheurs se sentent stigmatisés par de telles polémiques. Mais la réalité contemporaine ne va pas s’arranger. S’ils n’adaptent pas leurs manières de communiquer, tristement, ils se heurteront à de plus en plus de difficultés.

Ci-dessous la pétition de Longitude 181 (qui ne concerne que les compétitions). Si vous pensez que cela rejoint vos convictions, faites vous entendre.

Appel pour l’interdiction définitive des concours de chasse sous‐marine

Texte: Bam Bam
Photo: Easydive Cannes